“Après l'esprit de discernement, ce qu'il y a au monde de plus rare, ce sont les diamants et les perles.”
( Jean de La Bruyère, Extrait des Caractères)
( Jean de La Bruyère, Extrait des Caractères)
L’ile-sœur de Manihi est à quelques encablures. AHE signifie “Ile aux oiseaux” (d’après le guide, à prendre comme ça vient…). De nos jours, Ahe est devenue “l’Ile aux Perles”, pionnière en ce qui concerne les premières fermes perlières et réputée pour ses perles. Ce serait le “leader” de la perliculture. Ah, aaah… Allons-y voir !
La passe de Ahe, la passe TIAEROA, est large de 200m en moyenne: un jeu d’enfants après Manihi. Même si le fond monte à 5m à la sortie. Carine à l’avant, Luké aux commandes et moi scotchée au sondeur, la Belle passe en majesté.
Les hauts fonds se repèrent facilement: c’est là où le bleu est le plus beau ! Mais ça peut ruser un haut fond. Parfois, c’est là où c’est plus foncé. Et puis parfois, c’est là où on ne s’y attend pas, tout simplement parce qu’on a le soleil dans les yeux et que, bon, en fait, on n’y voit rien.
Dans le lagon de Ahe, les fermes perlières peuvent se trouver en plein milieu. Il y en a plusieurs ainsi, solitaires … Les contourner.
Ahe, 23 km de long, 8 km de large et 377 habitants (environ!) autour du village de TENUKUPARA. Dont la mairie arbore une magnifique toile de tente devant sa porte, toile clamant que c’est la “Commune de Makemo” ? Changement arbitraire de nom ? Ou récupération sauvage d’une tente venant d’ailleurs ? Ou on s’est trompé de village ?
Vue de sous la tente : LA cabine téléphonique, indispensable dans chaque lagon. Et, pour certains, seul et unique numéro de téléphone sur l’annuaire. Luké a fait du charme à la gracieuse préposée de Manihi –pas difficile, elle était adorable- et nous avons un annuaire des Postes de la Polynésie : nous sommes fin prêts à nous installer dans le coin !
Le dimanche, habillés beaux, nous décidons d’aller à la messe. Non, je n’ai pas reçu le Saint Esprit sur la tête (sous forme d’un cormoran sûrement dans la région, ça doit faire mal) et aucune vision n’a engendré de conversion subite. Mais dans ces iles, la messe a conservé une des ses fonctions traditionnelles qui était le regroupement hebdomadaire des ouailles, le suivi de la vie de la communauté, la possibilité de rencontrer un peu tout le monde. Etude sociologique à l’église. “Oui, mais … laquelle ?” nous demande une charmante jeune femme sur le quai. Heu … parce qu’il y a le choix ? Ah, mais oui. Catholiques, Adventistes, Mormons, plus une autre spécifique aux Tuamotu et dont je n’ai pas retenu le nom compliqué, chacun trouve église à son pied. Manque à l’appel le temple Protestant, il n’y aurait que deux protestants à Ahe. On rajoute le notre mais ça ne change rien à l’affaire. Le choix est vite fait : les Mormons c’était hier, et les Adventistes c’est dans une heure. En route pour la petite église catholique. Cérémonie simple mais sans frissons. Assemblée clairsemée, gamins qui chahutent sans s’arrêter de chanter mais musique et chants enregistrés et ferveur bien tiède. Nous sommes déçus, d’autant que nous voulions faire partager à Carine le plaisir de la “communion” telle que l’avions ressentie à Fatu Hiva.
Personne ou presque dans les rues proprettes. On balaie devant sa porte (toujours utile …),on reste chez soi. Belles et vastes maisons avec jardin tirés au cordeau. Chacune nantie de ses panneaux solaires, pas d’EDF dans le coin. Le silence percé de quelques bruits de perceuses : dimanche, le jour du bricolage. La rue bordée de bougainvillées, d’hibiscus, et bien sûr de tiarés, droite comme un i, vide, me fait penser à une mise en scène de film genre “Tout le monde a disparu subitement, mais où sommes nous ?”. On apprendra plus tard que si nous, on n’a rien vu, les habitants du village nous ont tous repérés et suivi des yeux !
Ce qui n’apparait pas trop compliqué avec mes deux fleurs des iles sur pattes, tout de rose et de rouge vêtus …
La boutique est encore ouverte, il nous faut une grosse boite de beurre et des oignons. Curieuse sensation de se retrouver 50 ans en arrière, à l’époque où les superettes n’avaient pas été inventées par des Américains futés (ben, oui, on achète 2 fois plus en arpentant les rayons, et surtout ce à quoi on n‘aurait pas du tout pensé et dont on n’a pas vraiment besoin, et on passe 2 fois plus vite à la caisse). Il n’entre que 3 ou 4 clients maximum devant un petit comptoir, sur des rayons s’étalent quelques produits et le reste est en réserve. Si on ne sait pas ce qu’on veut, ce n’est pas en parcourant le magasin qu’on le saura. Le jovial épicier nous donne l’heure (gratuitement) car au cata, la discussion est serrée : faut-il avancer d’une demi-heure la pendule, reculer d’une heure, ou ne rien toucher ? Avis partagés. Et il nous annonce que sur l’ile pas de connexion Internet à la Poste. Ciel, qu’allons-nous faire ?
Echantillon …
Luké part en fin d’après-midi sur le quai où il pêche de tous petits poissons avec son épervier. Pour les enfants. Qui s’en servent d’appât pour leur propre pêche et sont de ce fait, tout épatés de voir comment en quelques secondes, on peut ramener autant de friture.
Carine et moi barbotons autour du cata. Quelques beaux poissons tropicaux à admirer mais je reste sur ma faim …
Oui, je sais nager.
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