dimanche 16 janvier 2011

MOLAS BAKE… MOLAS BAKE… Iles San Blas, 16 janvier 2011.

“Commence par finir ce que tu commences”  (Le voyage de Chihiro, film d’animation)
Molas baké! Molas baké! C’est le cri des enfants qui accompagnent leurs mères sur les ulus, en riant aux éclats: “Molas à vendre! Molas à vendre!”. Les premières pirogues qui s’approchent de Belle de Lune, en général avec à bord une femme et un ou deux enfants, parfois un homme, semblent sorties d’un film de l’Office du tourisme de Panama pour encourager le tourisme aux San Blas. Une pirogue taillée dans un tronc brut, à son bord des enfants en shorts, et une femme en habit traditionnel, magnifique de parures et de maquillage. Une affiche pour agence de voyage. On pourrait croire… Mais non, les femmes Kunas sont, contre vents et marées, fidèles à la tradition et revêtent chaque jour la tenue colorée et traditionnelle. Qu’elles soient chez elles, sur les ulus pour vendre leurs molas, à Colon au supermarché, ou à Panama!
Kuna molas NarganaLes enfants mais surtout les ados qui vont au collège font office de traducteur, beaucoup de femmes ne parlent pas ou très peu Espagnol. Mais elles sont fortes en affaires et le marchandage est âpre! Elles présentent elles-même les Molas qu’elles ont brodé. Dès le plus jeune âge et tant qu’elles peuvent, les femmes brodent ces carrés de tissus qui peuvent représenter aussi bien des scènes de la vie quotidienne que des animaux ou des motifs abstraits et géométriques. Les molas, le plus souvent, mesurent 35cm de haut pour 45 de large.  Les couleurs que je repère, et préfère rapidement, sont le grenat-brun, avec du jaune, de l’orange et du noir. Et du rose aussi parfois. Ce sont les couleurs les plus utilisées, dans la tradition. A l’origine, les molas sont brodées pour orner le devant et le dos d’une blouse en coton fin, à manches bouffantes, portée avec une jupe faite d’un carré de tissus imprimés (souvent jaune et noir). Les deux molas doivent être très ressemblants, mais avec de petites différences de détails et de couleurs. Les femmes cousent ainsi leur garde-robe de l’année, avec des molas spéciaux pour certaines cérémonies ou fêtes. Et pour les touristes. Maintenant, il y a aussi la version “fast molas”: la mola brodée en quelques jours au lieu de plusieurs semaines. Car il faut plusieurs semaines pour arriver à ce résultat:
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La technique de broderie des molas est simple: il s’agit de “l’appliqué inversé”. Voilà. Hein? C’est quoi? Et bien, je dois dire que je n’ai pas tout compris… Le principe: superposer plusieurs carrés de tissus différents (avant jusqu’à cinq couches, mais de plus en plus, on ne trouve que des molas “trois couches”), découper les motifs et les ourler TRES finement: cela dessinera les traits avec la couleur du tissus de dessous, et la dernière couche n’est pas découpée, c’est le support pour les pour tous les ourlets! Que ceux ou celles qui veulent s’exercer me fassent part de leurs idées! J’ai beau tourner et retourner mon “mola cheval” et mon “mola pilon-pour-cérémonie”, je sèche.DSCN4722
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Une belle mola se doit d’être finement ourlée –les “traits” de couleur très réguliers- et de façon presque invisible. Avec des fils de la même couleur que le tissus. Il y a d’autres critères plus ou moins sévères aussi, mais d’après Christine, qui sur son voilier Lara, collectionne les belles molas depuis des années, le plus important… c’est qu’elle nous plaise! Si la mola nous tape dans l’œil, c’est bon! J’ai cherché dans mes couleurs préférées, ce rouge-brun et jaune, orange etc, des motifs géométriques, mais il n’y en avait pas en pirogues, pardon, en magasin. Je ne désespère pas.
Nos premières molas seront bien sûr des “fast molas” pour touristes! Comme on ne sait pas, on ne se rend pas compte. Mais d’après le livre (que je recommande à tous ceux qui veulent en apprendre un plus sur les San Blas et les Kunas) de Michel Lecumberry (que nous avons connu à Portobelo, mais on en parlera dans la section”Taguas”!) “San blas, Molas et traditions Kunas”, ces “tourist-molas” comme elles sont nommées ici, peuvent être très belles. Mais ce sont plus des patchworks de couleurs vives représentant des oiseaux. Nous en avons acheté un parfait exemple!
DSCN4725 Ce beau perroquet, plutôt sobre dans ses teintes de bleus, nous a séduit. A y regarder de  plus près, il est en effet brodé de façon assez différente des molas bruns.
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Mais on l’aime!
Dans la foulée, nous avons aussi craqué pour une série de petits molas pour enfants, d’environ 20cm de côté, représentant des animaux du coin, pleins de fraicheur et de naïveté.
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DSCN4727Enriequita, la brodeuse des molas bruns, est une petite curieuse, elle ne résiste pas à demander une petite visite du cata. Pour elle, c’est un peu la planète Mars. Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est qu’elle a l’impression que j’ai une quantité industrielle de serviettes de toilettes. Bon, OK, je lui en offre une. Rusée, l’Enriequita. Mais ce sera la seule Kuna a nous demander un cadeau. Elle a trop fréquenté les bateaux américains à  mon avis.
DSCN4336 Tous les jours ou presque, un ulu vient proposer ses molas. Sans jamais insister: on peut toutes les regarder, les déplier, les admirer… mais si on n’achète pas, pas de problème, on se quitte avec de grands “nuedi!”. C’est bien reposant après le harcèlement (il n’y a malheureusement pas d’autre mot) que nous subissions aux Grenadines de la part des vendeurs en tous genres. Parfois un homme pagaie mais la plupart du temps, c’est une petite, toute petite femme. Mince, les traits fins (Enriequita a eu de mauvaise fréquentations!), elles ont  la joliesse des miniatures! Les hommes sont de petite taille aussi: le peuple Kuna est un des peuples les plus petits de la planète. Seuls les pygmées les battent! Ce qui donne une impression un peu étrange, comme anachronique, quand on se trouve dans une grande ville, Colon ou Panama, de croiser de familles de gens minces et petits dans la foule, dans l’autobus, dans les magasins, avec des femmes vêtues de tenues traditionnelles!
famille pirogue
Maman Kuna La plupart des femmes sont en tenue traditionnelle: jupe, blouse et molas, foulard rouge et jaune sur la tête, bracelets aux chevilles et avec un anneau dans la nez. Maquillées aussi d’un trait noir sur l’arrête du nez. Mais certaines prennent quelques libertés avec la tradition! Jupe et bracelets, mais t-shirt et pas de foulard, par exemple. Par contre, les cheveux restent coupés courts. Dès qu’une petite fille est pubère, le père organise une grande fiesta, avec chicha à gogo, et la “ied” coupe les cheveux de la petite fille devenue jeune fille. Les femmes portent les cheveux courts.
Avec les molas, la coquetterie veut que les chevilles et les poignets –fins, s’il vous plait!- soient ornés de bracelets en perles oranges, jaunes et noires, longs chapelets enroulés formant des motifs géométriques. J’opte pour un petit “WINI” autour de la cheville. Même petit, ce n’est pas une mince affaire. Eileen (de son nom “étranger”) et Yénéris (qui a gardé son nom Kuna) viennent à bord pour le poser autour de ma cheville. elles sont habillées “à l’occidentale”, elles vont au collège, et laissent leur cheveux repousser…
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Les winis sont exposés sur des rondins de bois, pour que la future acheteuse puisse juger de l’effet, une fois installés. Il y en a de toutes tailles mais je ne vois pas avec le mollet enturbanné complètement: un petit et discret wini est du plus bel effet, trouve-je!
Marie plage San Blas
Wini
Et ça a fait bien rire les petits frères dans le ulu!
Ninos

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